Le Jardin des tarots de Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle est une artiste française née dans les années 30, qui partage sa vie entre la France et les Etats-Unis.
Elle maîtrise plusieurs arts comme la sculpture, la peinture mais aussi la réalisation de films.
Elle ne suivit aucune formation artistique et commencera à peindre à l’âge de 22 ans de façon didactique.
Elle épouse par la suite l’artiste Jean Tinguely* qui l’aidera dans la réalisation du Jardin des tarots.
Un jardin qui serait une transposition des chemins qui ont traversé la vie de l’artiste, en somme, une œuvre biographie.

 

« ♪ ♫  C’est un jardin extraordinaire … ♪ »

En pénétrant dans ce lieu magique, voilà que raisonne dans ma tête cette joyeuse mélodie de Charles Trenet, étrangement écrite en 1955, la même année où Niki de Saint Phalle découvre Gaudi et son parc Güell à Barcelone. Le projet de construire ce jardin vient tout droit de cette rencontre avec Gaudi. Elle aussi voudra  « son coin de paradis, un jardin de joie, un lieu de rencontre homme-nature-art ». Sa construction démarrera 24 ans plus tard, en 1979 à proximité de Capalbio, petit village médiéval de Toscane en bordure du Latium, pour ouvrir enfin ses portes au public en 1998. Difficile à trouver car très peu indiqué, Niki de Saint Phalle a toujours souhaité lui garantir une mystérieuse singularité en évitant l’afflux massif de visiteurs. L’artiste créa un espace de travail à ciel ouvert en totale liberté d’un point de vue artistique, mais aussi dans le temps et la surface. Elle se donne pour ainsi dire « carte blanche » absolue. Malgré une arthrite qui la ronge, des contraintes techniques, mais aussi des difficultés à financer le projet dans son intégralité, elle le mènera à terme, car dit-elle, « rien n’aurait pu m’arrêter car j’ai en moi de l’obsession, de l’amour et un enthousiasme fou». Elle créa d’ailleurs une ligne de parfums pour générer des fonds et n’hésitera jamais à se séparer de ses œuvres plus anciennes afin de s’autofinancer.

Voici à quoi ressemble ce jardin dont le plan est en forme de « nana » : Après avoir traversé le mur monumental de l’architecte Italien Mario Botta, qui cache ce jardin-musée tel un dragon protégeant son trésor, vous passez instantanément du monde extérieur au monde du rêve. Clairsemés au milieu des oliviers, les 22 arcanes du jeu de tarot traditionnels sont représentés sous forme de statues hétéroclites couvertes de mosaïques faites de miroirs, de céramiques polychromes et de verres précieux.

L’impératrice, une des premières sculptures qui se dévoile à nos yeux émerveillés dès le début de la visite, fut la pièce maîtresse de l’artiste. Comme bien d’autres dans ce paradis, l’œuvre est habitable ! Celle-ci fut le logement à part entière de l’artiste durant les travaux, lieu de vie incontournable où même les réunions de chantier s’y tenaient autour d’un café. Aujourd’hui on peut la visiter intégralement. La chambre à coucher, située dans la poitrine monumentale de la statue, symbolise la femme et la mère protectrice et féconde. La maison est ici vu comme l’enveloppe maternelle, mais aussi comme un lieu de repos, de rêves et d’accueil. Les valeurs symboliques attachées à ce lieu sont grandes. En effet, cette impératrice évoque par sa position le Sphinx du mythe d’Oedipe ou encore celui de Gizeh, gardien des lieux. Vitruve** écrit qu’il y a « une proportion et une harmonie dans un bâtiment si toutes les parties sont à l’égard les unes des autres, ce que sont entre elles les parties du corps humain ». L’impératrice, reprend ce principe fondamental de cette fusion du corps et de la maison. Laissez-vous surprendre en pénétrant l’œuvre elle-même.

Impossible de détailler chaque élément de ce jardin-musée, il me faudrait des pages et des pages tant la richesse de ce lieu est grande. Mais permettez moi tout de même de m’abandonner à citer par plaisir quelques exemples : – « Les amants », l’atout est ici représenté par Adam et Eve faisant un pique-nique. – « La mort » sur son cheval qui est pour moi d’une beauté fascinante. – « Le diable » caché dans un des méandres du jardin, simplement magnifique.

Comptez un peu moins de deux heures de route depuis Rome (130 kms) pour ce voyage initiatique et mystique à ne rater sous aucun prétexte.

* Jean Tinguely : fondateur du mouvement Nouveau Réalisme, dont Niki fera également partie. Selon le critique d’art Pierre Restany, le Nouveau Réalisme est un : « recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire ».
** Vitruve : grand architecte du Ier siècle avt J.C..

 



Visite guidée de Rome et du Vatican avec Julie, guide officielle française
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