La Galerie des Carraches au Palais Farnèse

Le Palais Farnèse, connu pour être l’ambassade de France à Rome,
fut commandé au début du XVIe siècle par le Cardinal Alexandre Farnèse, qui accéda à la tiare pontificale quelques 19 ans plus tard sous le nom de Paul III.   Il fut également le frère de Giulia Farnèse,
la favorite des maîtresses du célèbre pape Alexandre IV Borgia.

Signé par des architectes de renom comme Antonio da Sangallo le jeune, Vignole, Giacomo della Porta ou encore Michel-Ange,
le Palais Farnèse, qui au grand dam des visiteurs, n’ouvre ses portes qu’à ceux qui réservent leur visite au moins 4 mois à l’avance, possède en son intérieur un des plus beaux décors plafonnants du XVIIe siècle, réalisé par Annibale Carrache.

Annibale Carrache est avec son frère Agostino et son cousin Ludovico,
un des principaux acteurs du XVIIe siècle. Tous trois, renouvellent le genre pictural
et diffusent leur style en fondant à Bologne leur ville d’origine,
l’Académie des Acheminés*.

 

En 1595 le cardinal Odoardo Farnèse, descendant du pape Paul III, fait appel à Annibale Carrache pour la réalisation d’une œuvre ayant pour thème principal “l’Amour”, en vue de la célébration prochaine du mariage de son frère. Une analyse exhaustive étant impossible, notre étude se focalise sur un des aspects peu connu de la fresque : son côté moralisateur et satirique.

L’amour, sujet classique, ici traité de manière complexe, a pour thème sous-jacent: ses dangers. Quel pouvoir exerce l’amour sur les hommes? Et pas n’importe quels hommes! Il s’agit ici de héros mythologiques, de dieux puissants réputés invincibles, et pourtant, tous victimes d’un amour qui les amenuise.

La scène d’Hercule et Omphale illustre parfaitement ce propos. Hercule, symbole de force par excellence, est présenté ici dépouillé de ses attributs et jouant des cymbales, un instrument qui était réservé aux femmes (cf. photo). Alors que beaucoup d’artistes privilégient des représentations herculéennes plus chargées de sens symboliques, Annibale choisit une scène montrant la soumission du héros à Omphale, sa patronne et bien-aimée, dans une posture ici dominante. Pour souligner le retournement des rapports de forces, Omphale revêt la léonte** et tient la massue du héros, qui lui, porte un bracelet. Le bracelet est certes un signe d’honneur, mais il était également une marque d’esclavage. Le jeu de rôles, dominant – dominé, est inversé. Hercule. tourné en ridicule, est tombé sous le pouvoir de l’amour. L’amour vainqueur apparaît au fond de la scène, sous la forme d’un petit ange au sourire narquois.

Autre couple d’amants mythologiques célèbres: Vénus, déesse de la beauté et de l’amour et Anchise, prince troyen.

De leur relation naîtra Enée, ancêtre du fondateur de Rome, Romulus.  Comme Hercule, Anchise est ici représenté sous l’emprise de l’amour. Réduit à l’esclavage, il est en train d’aider sa maîtresse à retirer ses chaussures, tel un serviteur. Ici, l’amour vainqueur est appuyé sur une petite “estrade”, sur laquelle est écrit en latin “genus unde latinum”, soit “d’où est sorti la race latine”. Par cette phrase, Annibale montre de manière humoristique, que le peuple romain n’est pas né grâce à de grandes entreprises guerrières, mais suite à la faiblesse d’un homme. Et de l’humour, la fresque n’en manque pas! Se glisse au sein de ce programme iconographique extrêmement riche, un petit angelot se prenant pour le Manneken-pis, de fausses fissures au plafond, ou encore quelques atlantes peints à fresque mais imitant le stuc, volontairement mutilés, afin de renforcer l’illusion de relief.

L’art du trompe-l’œil étant de mise, certaines scènes sont enchâssées dans de faux tableaux dorés, d’autres sont encadrées de sculptures et stucs feints. Il y a sur cette voûte d’évidentes allusions à la Chapelle Sixtine: compartimentation des scènes par une architecture peinte en trompe-l’œil; présence de sculptures et de médaillons simulés; Ignudi*** encadrant des scènes. Par son effet scénographique, cette voûte constitue néanmoins un changement radical par rapport à toute la peinture du Cinquecento****. Les éléments se superposent et débordent des cadres, les détails abondent et l’on note un goût certain pour l’illusion et l’humour. Toutefois, ces éléments conjugués au classicisme de Michel-Ange font de cette voûte le trait d’union entre l’art de la Renaissance et l’art baroque. Cette œuvre, qui constitue l’apogée de la carrière d’Annibale, sera une référence pour le XVIIe siècle.


* Académie des Acheminés: Deuxième Académie d’Italie. Elle fut la seule où les artistes furent autorisés à dessiner des nus d’après nature, lors de la Contre-Réforme.
** Léonte: Peau du lion tué par Hercule lors des 12 travaux.
*** Ignudi: Nus de Michel-Ange, représentés sur la voûte de la Sixtine, considérés comme des modèles de perfection dans la connaissance de l’anatomie.
**** Cinquecento: Le Cinquecento correspond au XVIe siècle italien.



Visite guidée de Rome et du Vatican avec Julie, guide officielle française
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